Synthèse de réunion
Marie : Comment t'est venue l'envie de passer l'agrégation et comment as-tu fait pour réussir malgré un profil atypique ?
Salomé : L'envie est venue notamment grâce à une amie qui avait réussi l'agrégation. Compte tenu de son profil (travail à temps plein, trois enfants en bas âge), elle avait initialement prévu une préparation sur deux ans. Elle a travaillé les bases littéraires dès septembre, fait corriger une copie par une formatrice en janvier — un mois avant les écrits — qui lui a confirmé la qualité de son travail. Elle a alors décidé de tenter sa chance, a été admissible, puis a fourni un travail intense pour les oraux, finissant finalement première.
Marie : Comment as-tu réussi à acquérir suffisamment de connaissances sur les œuvres en commençant à les lire seulement un à deux mois avant les écrits ?
Salomé : Elle avait déjà lu trois œuvres relativement courtes pendant l'été précédent. Elle a choisi de se concentrer exclusivement sur ces trois œuvres, en les travaillant en profondeur : lecture détaillée, lecture de nombreux articles critiques pour nourrir l'analyse, et apprentissage intensif de près de 150 citations la semaine avant les écrits, en utilisant la méthode d'apprentissage en marchant.
Marie : Est-il vraiment nécessaire d'avoir autant de citations en tête pour composer une dissertation ?
Salomé : Non, ce n'est pas une obligation absolue, mais en lettres modernes, s'appuyer sur les textes est particulièrement important. Elle a utilisé environ 40 citations dans sa dissertation notée 15, sans que cela donne l'impression d'un catalogue, car chaque citation était intégrée à une analyse développée.
Marie : Comment as-tu géré ton brouillon au moment de l'épreuve ? As-tu d'abord retranscrit tes citations ou analysé le sujet ?
Salomé : Elle a d'abord retranscrit toutes ses citations sur le brouillon, sans regarder le sujet, afin de poser toutes ses connaissances et d'éviter la panique. Ce n'est qu'ensuite qu'elle a analysé le sujet en détail, mot à mot, pour construire sa problématique à partir d'un matériau solide.
Marie : Comment as-tu analysé le sujet et comment as-tu choisi ton angle de traitement ?
Salomé : Elle a décortiqué le sujet terme par terme, en cherchant les tensions et les éléments discutables. Alors que la plupart des candidats ont travaillé sur le mot « élégie », elle a choisi de centrer sa dissertation sur le mot « parcours », qu'elle trouvait plus discutable dans la citation proposée. Ce parti pris original a finalement été apprécié du jury.
Marie : Comment as-tu choisi ta méthode de dissertation parmi les nombreuses proposées ?
Salomé : N'ayant pas le temps de tergiverser, elle a lu plusieurs bonnes copies disponibles sur Internet et a sélectionné rapidement celle dont la méthode lui semblait la plus claire, logique et accessible. Elle s'est constitué une fiche méthode avec les transitions et la structure, qu'elle a appliquée systématiquement lors de ses entraînements. Pour la deuxième épreuve (dissertation sur auteur), elle a suivi le cours en vidéo de Stéphanie Ges (université de Bourgogne), recommandé par la communauté des agrégatifs.
Marie : Comment as-tu réussi à dégager du temps pour travailler avec trois enfants en bas âge ?
Salomé : Elle travaillait principalement le soir après le coucher des enfants (à partir de 20h-20h30), ainsi que sur ses pauses déjeuner et heures libres au collège. Elle avait préparé ses cours de collège l'année précédente, ce qui lui a libéré du temps. Elle n'a pas hésité à demander de l'aide à sa mère et à son mari. Elle a également expliqué à ses enfants qu'elle avait besoin de travailler, et ceux-ci ont globalement bien compris et respecté ce besoin.
Marie : T'es-tu découvert des ressources insoupçonnées en toi au cours de cette préparation ?
Salomé : Oui, elle a découvert sa capacité à mémoriser rapidement un grand nombre de citations, son efficacité et sa rapidité de travail liées à son tempérament peu enclin à tergiverser, ainsi qu'une véritable passion pour l'analyse littéraire et la fouille des textes, qu'elle ne soupçonnait pas.
Marie : Quel conseil donnerais-tu à des personnes qui hésitent à se lancer, notamment parce qu'elles pensent avoir commencé trop tard ?
Salomé : Commencer tardivement n'exclut pas la réussite, même si une préparation sur deux ans reste une option valable et enrichissante. Son conseil principal est de ritualiser de petits exercices quotidiens plutôt que de se concentrer uniquement sur des épreuves en temps réel : par exemple, faire un mini-plan de commentaire en 30 minutes chaque jour, ou analyser un court extrait d'œuvre. Travailler en groupe (4 à 5 personnes) et partager ses productions quotidiennement est également très formateur. La régularité prime sur l'intensité.
Marie : L'agrégation va-t-elle déboucher sur un changement professionnel pour toi ?
Salomé : Elle est encore en réflexion. Elle se plaît dans son collège actuel et n'a pas de besoin urgent de partir. Le lycée et l'université l'intéressent, mais les postes sont rares. Elle a un projet d'édition pédagogique en cours, attend un rendez-vous avec l'inspecteur à l'automne, et s'est portée volontaire auprès de l'inspectrice pour participer à des formations à l'agrégation si besoin. Marie lui conseille de ne pas attendre trop longtemps pour saisir les opportunités, tant qu'elle est au sommet de sa confiance en elle.